Devenus des composants à part entière de l’économie moderne, les outils numériques font encore peur ou suscitent des espoirs dans les entreprises.
Dans sa dernière étude sur le sujet, la Banque Mondiale parle des dividendes du numérique, tout en affirmant qu’il s’agit bien d’un outil et non d’une voie sans risque. L’institution met également en avant «les compléments analogiques en renforçant les réglementations qui favorisent la concurrence entre les entreprises, en adaptant les compétences des travailleurs aux besoins de la nouvelle économie et en faisant en sorte que les institutions rendent compte de leur action».
En réduisant les coûts des transactions pour l’individu, les administrations et les entreprises, le monde digital va alimenter une nouvelle croissance. Toutefois, la fracture numérique, c’est-à-dire le non-accès à internet par manque de moyens ou de connaissances, peut se développer entre et à l’intérieur des nations avec des conséquences sociologiques et économiques néfastes. Oser parler de révolution, c’est admettre un changement radical dans l’économie. Par exemple, l’outil numérique organise le service sur le lieu de vie du client, qu’il soit commercial ou administratif. Certains spécialistes estiment que le clavier ne fournit plus un service mais une solution, comme en témoigne la prolifération des applications sur les téléphones. Cela n’est pas sans risque, car ces intermédiaires ne manipulent rien dans le processus de production. De nouveaux modes d’affaires surgissent, parfois concurrents. En outre, la numérisation de l’économie estompe la frontière entre le secteur marchand et le secteur non marchand.
La 12e édition du Forum de Glion s’est emparée du sujet. Selon l’entrepreneur Laurent Haug, «la Suisse est vraiment en train de prendre conscience de la mutation». Dans le monde économique, les petits et les grands se trouvent confrontés à des problèmes identiques. On peut trouver l’enfer et le paradis en quelques clics.
Sur le plan du droit,un robot est aujourd’hui capable de faire le tour complet de la jurisprudence et des bases légales bien plus rapidement et plus précisément qu’un jeune avocat débutant. Le pas suivant serait le juge automatique, exact techniquement dans l’application de la loi, mais dépourvu de toute la dimension humaine de la justice.
Dans le secteur du luxe, internet se taille une place que l’on n’imaginait pas au départ. A côté des vraies boutiques dédiées, le schéma d’affaires intègre des sites virtuels, parfois jusqu’au niveau de la distribution, ce qui permet de couvrir rapidement des zones émergentes non prévues au début. Par exemple, la haute horlogerie devient nettement plus réactive, sans pour autant abandonner ses codes et ses traditions.
Paru dans la Newsletter FER Genève du 15 décembre 2017
