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Le numérique, chance ou risque pour une société inclusive?

La numérisation peut faciliter grandement la vie des personnes atteintes dans leur santé, mais elle engendre de nouvelles formes d’exclusion, a constaté une conférence sur ce sujet.

La transformation numérique est-elle une chance ou un obstacle pour construire une société plus inclusive, dans laquelle chacun ait sa place? Les deux, mon capitaine! C’est ce qui est ressorti de la conférence plénière des offices AI, qui s’est tenue le 29 septembre à Saint-Gall.

Par de multiples aspects, la transformation digitale représente une chance pour les personnes atteintes dans leur santé. Elle leur permet d’avoir un meilleur accès à l’information, de s’intégrer dans des communautés en ligne, d’effectuer des formations à distance, de pouvoir plus facilement faire leurs courses, etc. «Les personnes qui profitent le plus du numérique sont celles qui ont une restriction sensorielle», remarque Joachim Schloss, entrepreneur lui-même handicapé, qui a notamment fondé myHandicap et le Center for Disability and Integration. Des applications destinées auxpersonnes souffrant de surdité permettent par exemple de lire sur les lèvres et les véhicules autonomes seront d’un grand secours aux  personnes aveugles.

Place croissante

Mais les solutions techniques ne suffisent pas. L’insertion des personnes atteintes dans leur santé sur le marché du travail nécessite également de bonnes conditions chez l’employeur:  un bon climat, une organisation flexible, des cadres formés, une réelle politique d’inclusion et une mentalité mettant l’accent sur les capacités plutôt que sur le handicap. Si de nombreux responsables sont tout à fait d’accord en théorie, ils sont beaucoup moins nombreux à mettre ces bonnes intentions en pratique, regrette l’entrepreneur.

La transformation digitale engendre une nouvelle forme d’exclusion, remarque Andrea Belliger, codirectrice de l’Institut für Kommunikation und Führung, à Lucerne. C’est celle dont souffrent tous ceux qui ne sont pas capables de gérer le changement de manière constructive. L’exclusion numérique risque donc de prendre une place croissante à l’avenir.

Réguler le domaine

A plus long terme, un autre danger nous guette, estime Joachim Schloss: celle de l’asservissement des humains à l’intelligence artificielle. Alors que le progrès technologique avait jusque-là consisté à décharger l’humain, à partir du moment où l’intelligence artificielle aura dépassé l’intelligence des humains, elle se substituera à eux, craint l’entrepreneur. L’économie n’aura presque plus besoin de travailleurs en chair et en os. L’exclusion nous concernera alors pratiquement tous. En cas de conflit avec l’intelligence artificielle, nous serons battus, prévient Joachim Schloss. Il faut donc absolument réguler le domaine avant qu’il ne soit trop tard. Reste à savoir si cette vision dystopique a des chances de se réaliser.

Pierre Cormon

Paru dans Entreprise romande du 10 novembre 2017