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La Blockchain, prochaine révolution numérique?

Pour les uns, il s’agit d’une révolution qui aura des conséquences aussi vastes que l’émergence du World Wide Web dans les années 1990, et qui pourrait entraîner de substantiels changements dans des professions telles que notaires ou avocats. Pour les autres, c’est une technologie prometteuse qui pourrait cependant se heurter à certaines limites. La blockchain, en tout cas, suscite un intérêt croissant. C’est le sujet sur lequel s’est penché le Forum économie numérique, organisé le 25 novembre par plusieurs partenaires, dont la FER Genève1.

Le fonctionnement des blockchains est complexe. Leur utilité est plus facile à comprendre: elles permettent de créer des registres décentralisés, enregistrant des événements de manière qu’on assure infalsifiable. C’est par exemple ainsi que fonctionne le bitcoin, première application à avoir utilisé la blockchain: toutes les transactions sont enregistrées dans des blocs qui forment un registre qu’on ne peut modifier sans l’accord de tous les participants au système. L’avantage? On peut authentifier un événement sans se reposer sur une autorité centrale ou un intermédiaire (une banque, un service public, etc.). Ainsi, les transactions en bitcoin sont effectuées sans que l’on ait besoin de chambres de compensations et de l’infrastructure qui préside aux transactions financières classiques. Et une start-up peaufine un système du type de celui d’Uber, mais dans lequel conducteurs et chauffeur entreraient directement en contact sans l’intermédiaire d’une plateforme centrale – il s’agit en quelque sorte d’uberiser Uber.

Le secteur financier s’intéresse de près à la blockchain. On estime qu’elle pourrait prendre une place majeure dans le secteur dans les cinq à dix ans.D’autres secteurs pourraient également être concernés. Les blockchains peuvent en effet se prêter à différents usages.

  • Les transferts d’actifs. Les monnaies virtuelles pourraient permettre d’effectuer des virements internationaux à bas prix, en court-circuitant les intermédiaires financiers et les commissions souvent élevées qu’ils prélèvent.
  • Le registre. Les blockchains permettent de consigner des événements de manière sûre, ce qui ouvre la voie à une série d’applications dans les secteurs de la certification et de la traçabilité. Les constructeurs d’avion assemblent par exemple des éléments construits par les sous-traitants, ce qui demande un système de traçabilité précis et infalsifiable des composants. Les médicaments, les dossiers médicaux, les titres de propriété pourraient également être consignés et authentifiés dans des registres de ce type. Des expériences de cadastre foncier fondé sur la blockchain sont actuellement réalisées au Ghana et en Géorgie. Et une entreprise a créé une blockchain permettant de certifier l’origine de diamants.
  • Les contrats intelligents (smart contracts). Il s’agit de logiciel automatiques, qui exécutent automatiquement certaines tâches une fois que les conditions sont réunies. Exemple: un titre de propriété est transféré automatiquement à partir du moment où l’acheteur a versé le prix convenu. Il n’y a plus de risque qu’une partie n’exécute pas sa partie du contrat, et plus besoin d’un système lourd pour vérifier que chaque partie remplit bien ses obligations.

La généralisation d’applications liées aux blockchains se heurte cependant à certains obstacles. Il s’agit de technologies complexes, dont la mise en oeuvre a un certain coût. «Cela explique qu’on ait développé des applications pour les diamants et pas pour les sardines», remarque Pierre Kauffmann, Senior Entreprise Architect chez IBM. Autre problème: le processus par lequel les transactions sont vérifiées et authentifiées consomme énormément d’énergie. «Le bitcoin à lui seul représente la moitié de la consommation d’énergie de l’Irlande», relève Ben Robinson, Chief Strategy & Marketing Officer de Temenos Group AG. Les applications de la blockchain pourraient se heurter à des barrières réglementaires et légales, que les créateur et gestionnaires de start-up ont tendance à ignorer. Enfin, rien ne garantit que cette technologie puisse traiter des masses de données, sans cesse croissantes, sans se heurter à certaines limites.

1 Avec la République et canton de Genève, la Fondation Genève place  financière et l’incubateur Fongit.

Pierre Cormon

Paru dans Entreprise romande du 9 décembre 2016