Leur chiffres d’affaires sont florissants, leurs capitalisations boursières prodigieuses et la progression de leurs bénéfices impressionnante. Les grandes entreprises américaines de l’internet sont en passe de d’acquérir un véritable pouvoir politique.
On connaît les débats délicats sur la fiscalité où ces géants viennent bousculer les pratiques régaliennes de l’Etat sur l’impôt, grâce à d’astucieux montages. Or l’impôt est l’un des fondements de l’ordre politique. En matière de collectes d’informations, Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft en savent souvent autant sur leurs clients, voire davantage, que les administrations publiques sur leurs administrés. La connaissance fine des comportements d’un très grand nombre d’individus-électeurs pose une question politique de premier plan: un régime démocratique est-il menacé par cet outil technologique en mains privées ou peut-il encore le réguler?
La dimension politique de ces acteurs économiques provient à la fois de leur volonté de puissance planétaire, et de leur lien originel. Le désir de puissance s’exprime dans le nombre d’utilisateurs, dans les discussions sans fin sur l’accès et l’utilisation des données, sur la gouvernance du web. Leur lien originel commun souligne que toutes sont américaines, qu’elles entretiennent de gré ou de force des liens avec le gouvernement des Etats-Unis. Ce pays détient un avantage comparatif politique sur le globe qui va bien au-delà du simple clic commercial.
Nouveau genre
Le pouvoir des géantes du net est d’un nouveau type, issu de l’immatériel des réseaux, ignorant la notion de territoire. Les multinationales classiques cherchent à affirmer une présence sur un maximum de territoires, flirtant dans une minorité de cas avec la corruption du pouvoir national. Les cinq ou six entreprises dominant le monde informatique sont elles transnationales par nature. La technique leur permet d’emblée une présence massive, détaillée, immédiate, où la notion même de souveraineté perd de sa signification. Pire, une nation réussissant à empêcher certaines connexions est jugée peu démocratique par des acteurs construisant eux-mêmes une position volontairement dominante.
En l’absence d’une gouvernance planétaire capable d’organiser le cyberespace, les GAFAM y instituent leur propre ordre politique qui rejaillit immanquablement sur celui des nations. Leur modèle universaliste est pratique sur le plan des affaires, et même dans son l’emploi au quotidien, mais il n’est pas neutre collectivement.
Maurice Satineau
