Né de la rencontre de la digitalisation et des mathématiques, le management algorithmique écarte la présence d’un supérieur hiérarchique des processus et des relations directes de travail. Cette méthode, de plus en plus utilisée au sein du modèle de l’économie collaborative, implique que des travailleurs – en majorité des indépendants – répondent aux demandes de la clientèle en suivant les instructions d’une application installée sur leur smartphone. Les règlements, ainsi que les différentes mises à jour, leur sont transmis par ce canal de communication. C’est notamment dans les secteurs du commerce, de la restauration, de l’hôtellerie et des transports que ce concept s’est développé. Accessibles au plus grand nombre, les plateformes numériques mettant en relation des travailleurs et des consommateurs présentent des règlements considérant souvent implicitement l’emploi comme une activité supplémentaire ou un petit boulot. Aux Etats-Unis, près de huit cent mille personnes gagneraient de l’argent grâce à ce système. Pour les entreprises à la tête de ces plateformes, le but est d’offrir des services de meilleure qualité que ceux proposés par les économies traditionnelles, avec des prix plus bas. Elles y parviendraient grâce à une main-d’œuvre peu coûteuse. Par exemple, un livreur, chez Deliveroo, prestataire dans la livraison de repas à domicile, touche 7 livres par heure (environ 8,30 francs suisses).
Main-d’œuvre réactive et performante
Si les travailleurs impliqués dans le management algorithmique ont la possibilité de fixer leurs horaires de travail, ils doivent en revanche se montrer réactifs. Un chauffeur Uber est ainsi retiré momentanément de l’application mobile s’il n’honore pas trois demandes pendant ses créneaux choisis. En outre, la performance est évaluée: notation du travailleur par la clientèle, classement en fonction des résultats des autres collaborateurs et calcul de moyennes. Percolata, une entreprise installant des capteurs dans les magasins, combine des équipes en se basant sur les meilleures ventes des vendeurs. Un score insuffisant éjecte le travailleur du système.
Flou juridique
Autre contrainte: le statut de ces travailleurs n’est pas clair. Considérés comme auto-entrepreneurs, ils n’ont pas de protection sociale et juridique, subordonnés à un algorithme ne tenant pas compte des facteurs humains. Favorable à l’économie collaborative, la Commission européenne insiste sur la nécessité de développer un cadre juridique en prévoyant notamment une forme de responsabilité sociale de ces plateformes vis-à-vis des indépendants, en tenant compte également de la TVA et du droit du travail. En Suisse, les syndicats et certains experts du milieu juridique soulignent que la législation n’est pas respectée en matière de durée du travail, du temps de repos et de protection de la santé du travailleur. Ils demandent également une clarification du statut et des responsabilités de l’employeur et de l’employé; un élément qui serait bienvenu avant l’avènement d’une robotisation plus performante soulevant d’autres questions éthiques.
Paru dans FERinfos n°10/2016
