La dernière exposition de la Maison d’Ailleurs est consacrée au Corps-concept. Le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires à Yverdon-les-Bains s’intéresse ainsi au transhumanisme.
Ce concept «groupe un ensemble de pratiques présentes dans notre quotidien, qui se généraliseront sans nul doute au cours des prochaines décennies et qui relèvent d’une idéologie complexe, celle de l’humain augmenté», explique la documentation du musée. Par l’intermédiaire d’interventions technologiques, il s’agit de dépasser les limitations propres à la nature humaine. L’exposition ne cherche pas à anticiper les révolutions qui transformeront nos sociétés, mais vise davantage à proposer un dispositif «que tous les visiteurs de la Maison d’Ailleurs peuvent s’approprier pour interroger, en âme et conscience, la conception qu’ils ont de leur propre corps».
Derrière cette réflexion se cachent d’autres enjeux, plus prosaïques peut-être, qu’il est utile de rappeler: l’homme augmenté représente non seulement une redéfinition de notre façon de vivre, mais encore, dès aujourd’hui, un marché qui se construit et qui augure de perspectives économiques et financières vertigineuses. Google n’investit pas dans les sciences du vivant par hasard: elle espère de ses sociétés-filles, comme Calico (qui effectue des recherches concernant la lutte contre le vieillissement) ou 23andMe (qui offre à ses clients un séquençage génétique personnalisé), des retours sur investissements substantiels. Quant à Elon Musk, le fondateur de la marque automobile Tesla, il a fondé en 2016 la start-up Neuralink avec pour objectif affiché de fusionner le cerveau humain et l’intelligence artificielle. Il ne faudrait pas croire que seules les entreprises seront les acteurs du changement en cours: les collaborateurs eux-mêmes vont être amenés à se «transformer». «Les neurotechnologies sont littéralement révolutionnaires en ce qu’elles bousculent l’ordre social.
Pouvons-nous y échapper? Probablement pas. A terme, un être humain qui refuserait d’être hybridé avec des circuits électroniques ne serait guère compétitif sur le marché du travail», prévient le chirurgien et chef d’entreprise Laurent Alexandre, spécialiste du mouvement transhumaniste. En Belgique, cette année, une société a d’ores et déjà proposé à ses employés de les munir d’une puce sous-cutanée pour qu’ils puissent ouvrir les portes de l’entreprise ou allumer leur ordinateur sans mot de passe. Huit personnes se sont portées volontaires pour cette expérience.
Paru dans la Newsletter FER Genève du 22 septembre 2017
