Vincent Pignon, professeur à la Haute école de gestion de Genève, spécialiste en économie numérique, intervient en tant que conseiller en blockchain à l’Etat de Genève. Le canton genevois n’est pas en retard sur la technologie et a lancé un test grandeur nature, en basant les services du Registre du commerce sur la blockchain Ethereum (deuxième capitalisation boursière en termes de cryptomonnaies). C’est l’une des nombreuses applications de cette technologie qui offre, notamment, une transparence totale, une vitesse incomparable au support papier et l’impossibilité de falsifier le registre des transactions. Selon Vincent Pignon, il est difficile de décrire à quel point cette technologie va révolutionner l’économie numérique, tant son impact risque de modifier les usages. «Avec la démocratisation de la blockchain, Uber va se faire ubériser», résume-t-il d’entrée de jeu. Le processus de décentralisation entamé avec les acteurs de l’économie collaborative va se poursuivre, au point de devenir une économie peer-to-peer, de pair à pair.
Alors qu’AirBnb et Uber avaient contournés les acteurs traditionnels, réorganisant le marché en échange de commissions sur les transactions, la blockchain va supprimer les intermédiaires. Fini les moyens de paiement comme MasterCard ou Visa: l’utilisation de cryptomonnaies pourrait permettre un paiement sans passer par un tiers. En termes de monétisation, l’affaire n’est pas évidente. Comment faire des profits en supprimant les intermédiaires? C’est ce que fait Arcade City, qui s’attaque à Uber en proposant un service de covoiturage d’usager à usager, fondé sur la géolocalisation. Détail intriguant, précise l’expert: ces services de pair à pair ne savent pas, pour l’instant, comment monétiser leurs services. Et de conclure en rappelant: «C’était également le cas de Google à ses débuts et l’on sait comment cela se termine»!
Jeremy Stanning
Paru dans Entreprise romande du 2 février 2018
